Depuis plusieurs années, les campeurs et les caravaniers sont nombreux à exprimer le besoin d’avoir accès à des ressources complémentaires, entre autres lorsqu’ils sont en déplacement. Est-il possible, aujourd’hui, de camper « différemment » sans tracas ? Quelles alternatives s’offrent aux caravaniers qui souhaitent le faire ?

Alors que le camping se définit comme une activité de plein air pratiquée principalement sous la tente, le caravaning confère à celui qui s’y adonne un statut de touriste voyageant à bord d’une maison sur roues. Cette dichotomie a longtemps suscité des réactions fortes de la part de certains exploitants de campings, qui cherchent à limiter aussi bien le camping que le caravaning à des activités se pratiquant uniquement dans les terrains de camping. Souvenons-nous, par exemple, de ces débats houleux contre l’utilisation d’un stationnement commercial pour y passer la nuit à bord d’un VR.

En Europe, la cohabitation des terrains de camping avec des ressources d’accueil dites « légères » pour accueillir ces touristes nouvelle-vague (haltes routières, haltes pour camping-cars, stationnements urbains) s’est effectuée beaucoup plus facilement qu’ici. Plutôt que de se confiner à une approche de chasse gardée, chacune des parties a vite compris qu’elles avaient tout à gagner en optant pour la complémentarité. Après tout, les besoins et attentes des campeurs s’avéraient fort différents de ceux des camping-caristes.

Cette attitude qui privilégie l’harmonie à la confrontation, qui reconnait la complémentarité des différentes façons de voyager en VR semble germer de façon accélérée sur notre continent depuis peu. Comme cela s’est souvent répété dans l’histoire, les modèles européens continuent de traverser les océans pour s’implanter chez nous.

Plusieurs facteurs, amplifiés par la pandémie qui nous frappe depuis plus de deux ans, ont amené de très nombreuses personnes à jeter leur dévolu sur les véhicules récréatifs comme moyen de sortir de leur cocon tout en  voyageant de manière sécuritaire au plan sanitaire. Le télétravail a également accentué ce mouvement. En effet, à partir du moment où il n’était plus nécessaire de se rendre au bureau pour exécuter des tâches que l’on pouvait réaliser à distance, il devenait intéressant de s’aérer l’esprit en installant son poste de travail dans un décor naturel.

Le bon moment

La convergence de ces facteurs a généré un engouement inégalé pour le caravaning. La fabrication et la vente de VR ont pulvérisé tous les records à vie de cette industrie. Du jour au lendemain, surpris et pris au dépourvu par cette demande, les terrains de camping ont rapidement affiché complet et leurs cahiers de réservations n’ont plus suffi.

À lui seul, cet état de choses est devenu le meilleur des engrais pour que poussent une multitude de ressources alternatives en matière de caravaning. Désormais, la prospérité des terrains de camping étant assurée, on entre dans un monde nouveau où le panier de services proposés aux caravaniers peut se diversifier et interagir en complémentarité avec les ressources traditionnelles pour répondre à la diversité des besoins.

En même temps, les fluctuations rapides, presque toujours à la hausse, du prix du carburant et surtout leur impact sur le cout d’un voyage en VR, ont forcé plusieurs caravaniers à réviser leur façon de voyager pour l’adapter aux limites de leur budget. La tendance aux VR plus petits ne cesse donc de s’accentuer. Les caravaniers deviennent aussi plus conscients de l’importance de trouver le meilleur ratio qualité-prix répondant à leurs attentes.

Dans cet article, vous trouverez quelques exemples, majoritairement québécois, de ce type de ressources. Les propositions n’ont pas toutes la même valeur, certaines offrant une meilleure fiabilité quant à l’information diffusée. Quelques-unes sont gratuites, d’autres requièrent un abonnement qui, grâce aux économies qui en résultent, fait que l’on en ressort rapidement gagnant. Toutes ont tout de même une chose en commun : leur réalisation a été rendue possible grâce à internet et c’est aussi la Toile qui permet aux caravaniers d’y avoir recours aisément. Leur développement n’aurait pas été possible sans cela. Avant d’en choisir une, le campeur aura, bien sûr, à réfléchir à ses besoins.

Quelques options au Québec

Nuitée en VR

L’idée de ce site web gratuit est née d’un besoin ressenti par France Lanouette lors de ses pérégrinations à bord de sa caravane portée. Toujours à la recherche d’une information fiable sur les lieux accessibles gratuitement aux VR pour y passer la nuit, elle a décidé de communiquer avec toutes les municipalités de la province pour leur demander s’il existait de telles ressources sur leur territoire.

Chaque année, elle communique à nouveau avec les municipalités faisant preuve d’ouverture à cet égard pour s’enquérir d’éventuels changements, mais elle écrit aussi aux autres municipalités pour les inciter à se soucier des caravaniers de passage dans leur localité. Cette tâche gigantesque et fastidieuse, elle la fait bénévolement et met les renseignements recueillis à la disposition de tous les caravaniers. Ceux-ci n’ont qu’à s’inscrire à son site, nuiteevr.com, pour en profiter.

À la différence d’autres sites similaires ayant émergé sur Facebook ou d’autres réseaux sociaux, l’information que l’on trouve sur le site nuiteevr.com est officiellement validée et confirmée par les municipalités qui participent au projet. On peut donc utiliser ces lieux en toute tranquillité, certain que l’on ne sera pas sommé de déguerpir en plein milieu de la nuit.

Soulignons ici un impact majeur qui justifie de s’inscrire à ce site. Plus important sera le nombre de membres, plus facile il deviendra de convaincre les municipalités d’embarquer dans l’aventure et, conséquemment, de voir apparaitre de nouvelles haltes d’un soir.

Terego

Inspirée par un projet similaire né en Europe il y a plus de 20 ans sous le nom de France Passion, Terego a pris forme au Québec il y a à peine quelques années sous le nom de Terroir en VR avant de devenir Terego. La formule proposée est toute simple. Moyennant un abonnement annuel d’une centaine de dollars (une réduction est accordée aux membres de la FQCC), les caravaniers se voient attribuer une vignette certifiant qu’ils sont membres de Terego. Celle-ci leur permet d’accéder à près de 400 fermes, vignobles, élevages, fromageries ou charcuteries, éparpillés sur le territoire du Québec, qui les accueillent pour une nuit.

Aucun déboursé n’est exigé de la part du caravanier pour profiter de ces haltes d’un soir à la campagne. Toutefois, il est de convenance d’acheter des mets cuisinés sur place ou d’autres produits témoignant du savoirfaire de l’artisan. Ce troc « hébergement contre produits maison » permet aux caravaniers de découvrir des produits du terroir d’une fraicheur garantie et de s’ouvrir à de nouvelles saveurs tout en discutant et s’informant directement auprès des artisans qui les ont créés.

 - Camping Caravaning

Le temps des vendanges

Chaque automne, les vignobles regorgent de raisins murs qu’il faut cueillir rapidement avant que le froid ne prenne. Or, ce que l’on semble ignorer, c’est que le Québec regorge de viniculteurs offrant des produits dont la qualité est de plus en plus reconnue. Pour certains d’entre eux, la récolte constitue une préoccupation qui revient chaque année. Problèmes de main-d’oeuvre, fenêtre de température trop étroite… Bref, beaucoup d’inquiétudes. Notons que le même problème existe en Ontario.

Il est possible d’entrer en contact avec ces vignobles pour vérifier si l’on peut y séjourner deux ou trois jours en petits groupes de caravaniers et vivre l’expérience des vendanges. Point besoin d’aller en France quand on peut le faire chez nous pour beaucoup moins cher ! Vous pourriez être surpris de l’ouverture des vignerons à accueillir des mains travaillant gratuitement pour le simple plaisir de participer à la cueillette. Évidemment, comme le producteur vend souvent son propre vin lui-même, l’occasion sera belle d’en acheter quelques bouteilles et de mentionner à ses invités en leur servant un verre que l’on a personnellement participé aux vendanges.

Tables champêtres

Autre ressource à ne pas négliger, les tables champêtres de plus en plus nombreuses au Québec permettent de s’initier à la gastronomie régionale. Une simple recherche sur internet, où l’on inscrit la région souhaitée et « table champêtre », ou encore une visite sur les sites des associations touristiques régionales permet de se renseigner sur la présence de cette forme de restauration très conviviale.

Par la suite, il suffit de contacter l’hôte pour vérifier s’il permet aux caravaniers de dormir sur place dans leur VR après avoir fait bombance. Cela évite de reprendre la route à la fin de la soirée si l’alcoolémie devait dépasser la limite permise. Voilà une façon originale de découvrir avec d’autres caravaniers de nouveaux mets qui ne font pas partie de notre régime quotidien et de le faire en toute sécurité.

Comme on peut le constater, non seulement l’offre de services se diversifie, mais ce faisant, il en résulte une originalité fort intéressante et cette tendance ne se limite pas au Québec.

Aux États-Unis

Harvest Hosts

Cette organisation qui a pris une ampleur considérable chez nos voisins est quasiment un copier-coller de Terego. D’ailleurs, celui qui l’a créée s’est lui aussi inspiré du modèle France Passion mentionné plus haut, à la suite d’un voyage en Europe en 2012.

Au début, les premiers producteurs à ouvrir leurs portes pour un court séjour aux caravaniers étaient principalement des vignerons. Depuis, l’offre s’est enrichie et le nombre d’hôtes se situe actuellement autour de 2 500.

Boondockers Welcome

Ici, nous plongeons au coeur même de la sociabilité et de l’hospitalité de nos voisins au sud de la frontière. Comme le dit le nom de ce projet, il s’agit d’une communauté informelle où des personnes s’affichent sur le site  www.boondockerswelcome.com. En gros, des gens disposant d’une propriété mettent à la disposition d’un ou de caravaniers une parcelle de leur terrain pour un court séjour.

De son côté, le caravanier se procure une carte de membre coutant 55 $ US pour profiter de cette hospitalité. Selon Boondockers Welcome, le répertoire compte plus de 3 000 lieux, dont certains au Canada. Une appli est également offerte pour aider à les situer géographiquement et obtenir les coordonnées de l’hôte. Par la suite, il suffit d’établir un contact avec l’hôte pour obtenir plus d’information, vérifier la disponibilité et s’entendre sur une date.

iOverlander

Il existe de nombreuses applications pour téléphone intelligent et tablette permettant de dénicher des emplacements gratuits ou à peu de frais où il est possible de passer la nuit. iOverlander est sans doute la plus connue auprès des Québécois.

Notons au passage que la plupart de ces applis fonctionnent sur le même principe : la référence par des utilisateurs. Contrairement à Nuitée en VR, cependant, ces ressources ne font pas toutes preuve de la même rigueur. Aucune vérification n’est faite auprès d’une quelconque autorité sur la validité de l’information. Elles sont majoritairement alimentées par des caravaniers de bonne foi qui rapportent avoir passé la nuit dans un certain endroit sans avoir été dérangés. Cela ne signifie pas pour autant que les caravaniers peuvent officiellement s’arrêter sur le site mentionné. Tout au plus, cela indique que le caravanier qui l’a fréquenté n’a pas été interpelé. Le lendemain, celui qui lui succèdera se fera peut-être réveiller par un policier passant par là…

Cependant, il faut reconnaitre que même non validés, les renseignements que l’on trouve sur cette appli s’avèrent souvent utiles, sans pour autant garantir la tranquillité des caravaniers.

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