Les caravaniers prennent conscience des impacts que leur présence peut avoir sur l’environnement, ce qui pousse nombre d’entre eux à s’interroger sur les pratiques acceptables, ou permises, et celles qui ne le sont pas. Ce questionnement tout à leur honneur met en lumière que plusieurs notions nagent souvent dans l’ambigüité et l’imprécision et que même les législateurs peinent à cerner certaines définitions pourtant importantes. C’est le cas notamment des haltes routières au Canada, mais aussi aux États-Unis.

Vous le constaterez bien vite vous aussi en lisant ce dossier, lorsqu’il est question de haltes routières, la règlementation varie
beaucoup en fonction de la province, du territoire ou de l’État où un véhicule récréatif est susceptible de transiter. Clarifier les services dont peuvent profiter les caravaniers dans ces haltes n’est donc pas une mince affaire…

Similitudes

Tant au Canada qu’aux États-Unis, un point commun émerge à propos de la gestion des haltes routières. Celles-ci relèvent toutes des provinces, territoires ou États et non pas des gouvernements fédéraux. Planification, construction, entretien ou règlementation, chaque province, territoire ou État dispose d’une liberté complète à cet égard. Afin de ne pas nous perdre dans des dédales administratifs, seul l’angle de la règlementation sera abordé dans les lignes qui suivent.

Règle générale, malgré la diversité de leurs modalités, tous les règlements relatifs aux haltes routières insistent sur deux facteurs. Le premier mentionne la limite maximale de temps accordé aux pauses des voyageurs. Le second précise des restrictions encadrant les activités autorisées ou tolérées, ainsi que des consignes s’appliquant à certains types de véhicules. À cause de leur pertinence pour les caravaniers et les automobilistes, nous nous en tiendrons ici à ces deux aspects.

Limite de temps

Le temps autorisé lors d’un arrêt dans une halte routière diffère grandement selon le territoire. Ainsi, la plupart des provinces canadiennes, incluant le Québec, permettent aux voyageurs de s’arrêter un maximum de quatre heures dans les haltes qui
bordent plusieurs routes.

Par contre, nos voisins du Sud se montrent beaucoup plus tolérants. Plusieurs États, dont la Californie, autorisent un arrêt d’une durée maximale de huit heures. Quelques États encore plus généreux ne précisent aucune limite.

Restrictions de certaines activités

Au Québec, plusieurs haltes affichent un panneau sur lequel une petite tente apparait dans un cercle rouge traversé par une diagonale de même couleur. On reconnait là le signe d’une interdiction. Dans certains cas, le panneau est enrichi de la mention « camping interdit ». Les autres provinces canadiennes utilisent elles aussi des affiches avec des messages similaires. Certains panneaux mentionnent « No Overnight Parking » ou « No Camping ». On en trouve des semblables dans certains États chez nos voisins du Sud.

Image Camping Caravaning

Dans plusieurs autres États américains, par contre, on ne voit aucune affiche de ce genre, car ce ne sont pas tous les États qui interdisent explicitement de camper ou de passer la nuit dans une halte routière. Aussi, avant de partir pour un long périple vers les États-Unis, nous vous suggérons de consulter le site web boondockersbible.com. En inscrivant dans son outil de recherche « Which States Allow Overnight Parking in Rest Areas? », vous obtiendrez des renseignements précieux sur la règlementation en vigueur dans les États sur votre route.

Une application bien aléatoire

Pour être efficace, un règlement doit pouvoir être appliqué sans difficulté. Allons-y d’une comparaison. Dans une ville, les interdictions de stationner dans un segment de rue peuvent vous valoir une contravention. Des agents sont spécialement affectés pour faire respecter les normes de stationnement. 

Souvent, lorsqu’il est permis de stationner une heure ou deux sans payer, ces agents vont tracer à la craie un trait vertical à l’endroit où le pneu touche au sol tout en notant l’heure où ils le font. À leur prochaine ronde, ils n’auront qu’à rechercher les voitures dont le trait est toujours à la même place pour
identifier les contrevenants.

Dans le cas des haltes routières, cette surveillance est effectuée par la SQ au Québec, l’OPP en Ontario, la GRC et d’autres corps policiers selon les règles en vigueur dans les autres provinces et territoires. Aux États-Unis, ce sont les Troopers qui s’en chargent. Ces derniers ne font souvent que rouler lentement dans les haltes routières et ne prêtent guère attention à la majorité des véhicules qui s’y trouvent.

L’achalandage et le roulement des nombreux véhicules qui s’y présentent justifient cette façon de faire. De plus, dans la même heure, le nombre des voitures de patrouille qui se présentent à la halte routière rend impossible toute action concertée visant à identifier les véhicules qui dépasseraient le temps maximum.

S’ajoute aussi une autre limite à leur action. Ces patrouilleurs travaillent sur des quarts de travail précis. Supposons qu’un VR arrive à la halte trois heures avant le changement de quart. Lorsque les nouveaux patrouilleurs prendront du service, ils ne sauront absolument pas depuis combien de temps ce VR est stationné au même endroit. Noter les numéros de plaques et les heures, transmettre cette liste aux patrouilleurs suivants… Oublions ça, impossible à appliquer. Évidemment, un véhicule stationné plusieurs jours à la même place risquera d’attirer l’attention plus facilement et d’éveiller des soupçons justifiant une action concrète.

La plupart des personnes à qui nous avons parlé pour cet article – des employés de la SAAQ et de Transport Québec, des Troopers et autres patrouilleurs – reconnaissent la difficulté d’application que représente ce règlement. Cela se complique
d’autant plus que plusieurs haltes routières ouvertes 24/7 offrent une gamme de services étendue qui favorise un grand achalandage. Plusieurs véhicules se ressemblent et, à moins de noter la plaque d’immatriculation, peuvent facilement être confondus. Voilà pourquoi, à moins que des comportements déviants y soient observés, les interpellations se font très rares.

Ambigüité du message

Peu importe les panneaux, les mots ou les pictogrammes utilisés dans les haltes routières, leurs messages peuvent porter à confusion. Par exemple, en voyant une tente dans un cercle rouge sur une affiche, de nombreux voyageurs, automobilistes
ou caravaniers comprendront qu’il est interdit de monter sa tente sur l’herbe qui entoure l’aire de stationnement. Bien des gens concluront que ce message ne s’adresse pas au véhicule récréatif sagement stationné sur l’aire qui lui est désignée.

Au Québec, le législateur s’est contenté de reproduire le pictogramme de la tente encerclée sans préciser la portée qu’il lui donnait. Ailleurs, dont aux États-Unis, on établit une différence entre caravaning et stationnement d’un VR. Plusieurs corps policiers et de nombreuses associations de caravaniers souscrivent à ces critères qui facilitent la compréhension.

Tout d’abord, les concepts de camping et de caravaning sont essentiellement définis comme des activités récréatives. Un caravanier à qui l’on parlerait de son projet de vacances pourrait répondre qu’il compte « aller camper avec sa famille ». Par
contre, qui oserait avouer qu’il songe à passer deux semaines à la halte routière ? Conséquemment, effectuer un arrêt dans son VR pour se reposer avant d’arriver à destination ne peut être qualifié d’activité de caravaning. Tout au plus pourrions-nous le percevoir comme une activité de récupération. Or, lorsqu’un caravanier déploie ses rallonges escamotables, sort chaises et tables, abaisse au sol les pieds niveleurs de son VR, ouvre l’auvent et allume son gril, on peut alors le considérer
comme faisant du caravaning, même si son véhicule a toutes ses roues sur l’asphalte. Dans ce cas précis, il s’agirait manifestement d’une activité récréative. Ce comportement justifierait une contravention dans une halte routière.

En Californie, plutôt que de tenter de séparer les caravaniers au repos de ceux qui recherchent un séjour gratuit, les autorités de l’État préfèrent s’en tenir à la limite temporelle des arrêts. Même très objectif, ce concept demeure malgré tout fort difficile à mesurer et à compiler, ce qui entraine une tolérance que l’on peut également observer ailleurs, tant au pays de l’Oncle Sam qu’au Canada.

Que conclure ?

Il est clair qu’entre ce que dit la règlementation – quand elle dit quelque chose – et l’application de ses articles, il existe un grand écart qui pour l’instant profite aux caravaniers, tout en inquiétant les plus timorés d’entre eux. Plutôt que d’y aller avec une règlementation plus contraignante, il serait utile à tous de partager une perception commune qui distinguerait une activité
récréative de camping ou de caravaning d’une halte temporaire pour s’accorder un peu de répit avant de reprendre la route.

Rappelons qu’une des raisons importantes de la présence de haltes routières est d’augmenter le niveau de sécurité sur les routes en réduisant les cas de fatigue au volant. Voilà ce qui devrait servir de guide dans la recherche d’une solution. La FQCC, une organisation qui représente les campeurs, pourrait utiliser cette approche harmonieuse dans l’éventualité d’une rencontre sur le sujet avec les autorités gouvernementales.

En attendant, comme toujours, il appartiendra aux caravaniers d’adopter et d’incarner cette approche dans leur  comportement. En se montrant discrets et respectueux dans leurs déplacements, ils s’intègreront plus facilement au paysage touristique et tout le monde s’en portera mieux.