La cour est pleine

19 novembre 2023

J’adore lorsque vous faites des commentaires qui provoquent un questionnement en soulevant des aspects plus ou moins négligés de situations portant à réflexion. Seulement la semaine dernière, deux interventions, une première rédigée sur ce blogue, la seconde expédiée directement à mon adresse courriel. Tant que vous continuerez à m’alimenter de la sorte, soyez certain que mes neurones, déjà aux aguets de tout ce qui se passe dans le domaine du camping et du caravaning, continueront de chauffer et que cette activité se traduira par de nouveaux textes.

Les deux commentaires que je viens de mentionner portaient sur des sujets parents certes, mais un peu trop éloignés l’un de l’autre pour que je les aborde dans un même billet. Il m’a fallu trancher et j’ai décidé de mettre celui de Pierre Meilleur sur la glace, ce qui me laissera plus de temps pour mieux le documenter.

Puisque vous n’avez pas lu le courriel que Jean-Claude Boivin m’a adressé, voilà qui vous mettra au parfum. 

En me rendant en Floride je remarquais un nombre effrayant de Vr chez, comme exemple, VR St-Nicolas, Roulottes Chaudière, AS Lévesque de St-Apollinaire et encore plus à la succursale de Ste-Hélène le long de la 20.

Aux USA, les inventaires sont astronomiques, tous les détaillants ont des inventaires immenses en particulier les Camping World, et encore plus chez le détaillant George pas très loin de Richmond.

Qu’est-ce qui justifie de tels inventaires, on dirait que les fabricants ont continué à fabriquer pendant la pandémie sans ralentir. Ou encore, est-ce que les ventes ont ralenties ou stagnées au Canada et aux USA.  Pourtant l’an dernier, il était très difficile, pour ne pas dire impossible de trouver un motorisé neuf… on nous promettait une livraison dans … quelques mois. Big deal.

Et que dire des prix, à titre d’exemple, un petit motorisé genre Delano qui se vendait autour de $210,000 l’an dernier se vend cette année, $277,000.  Même chose pour les class A , à l’essence difficile d`en trouver en bas des $200,000-$250,000

J’ose avancer une hypothèse, est-ce que les détaillants couvrent leurs coûts fixes avec les quelques unités qu’ils réussissent à vendre…et pour y arriver, ils gonflent les prix.

Question : est-ce que les manufacturiers feront face à des faillites prochainement?  Autre question, si tous ces VR sont vendus au cours des prochains mois, il n’y aura plus de places dans les campings  partout au Canada et encore moins aux USA.

Qu’est-ce qui explique que les détaillants aient de tels inventaires, alors que les taux d’intérêts ont monté en flèche et que l’inflation frappe tout le monde.

Le problème évoqué ici est bien réel. Il est vrai que les cours de concessionnaires de VR semblent déborder. En passant, je crois que le concessionnaire que M. Boivin a nommé George est plutôt McGeorge’s Rolling Hills dont le commerce longe la I-95 au nord de Richmond, VA. Ce commerçant qui avait développé un modèle d’affaires basé sur des marques à grand volume a été acheté et intégré au réseau Camping World il y plusieurs années. Cette dernière entreprise, tel un trou noir dans l’espace, semble vouloir avaler tout ce qui se trouve dans son champ d’action. Fin de la précision.

Jean-Claude a raison de s’interroger. L’industrie étasunienne du VR est au reflet de citoyens qui habitent ce pays. Quand apparaît une situation créant une opportunité d’affaire enrichissante, rapide et facile, la plus pure tradition du capitalisme veut qu’on ouvre les vannes pour profiter de la manne. 

Dans le cas en question, cette opportunité a pris forme lors de la Covid épidémique. Souhaitant échapper au méchant virus, plusieurs citoyens se sont tournés vers les véhicules récréatifs qui permettaient de voyager dans une bulle sécuritaire et se prêtaient bien au travail à distance. Et boom ! La production de VR a explosé. 

Tous les records de production furent battus malgré les problèmes de main-d’œuvre et de pièces rencontrés sur le terrain. Pis encore, le manque d’expertise et d’expérience jumelées à l’absence de formation d’employés, embauchés à la va-vite pour pourvoir aux postes vacants, engendra de nombreux vices de construction. 

Souffrant déjà d’une piètre réputation en matière de qualité, les VR furent construits durant cette période aggravèrent encore la situation. Aujourd’hui, les observateurs-experts du monde du VR étatsunien utilisent de plus en plus l’expression « Covid-RV » pour désigner ces véhicules, ce qui n’a absolument rien de flatteur, croyez-moi !

Voilà pour le premier élément qui permet d’un peu mieux comprendre ce qui est arrivé. L’appât du gain à la base du capitalisme constitue un des deux côtés de la médaille, celui des fabricants et des revendeurs, sur qui il fut mis beaucoup de pression pour entreposer dans leur cour les véhicules fabriqués en grand nombre qui ne pouvaient plus trouver place chez les fabricants. Que la construction des véhicules ait été finalisée ou non n’avait aucune importance. Ce qui comptait avant tout, c’est qu’ils aient quitté l’usine. La compagnie les ayant à moitié fabriqués y trouvait matière à faire sourire ses actionnaires.

Sur les gravures d’une pièce de monnaie, un côté fait toujours référence au pays qui l’émet, que ce soit un drapeau, une maxime ou un symbole culturel. Sur l’autre face se trouve un visage souvent célèbre suggéré par l’histoire des citoyens du pays. Appliquée à l’industrie, une médaille expose d’un côté le fabricant et le consommateur sur l’autre. Là aussi, il faut se tourner vers les valeurs de la société pour mieux en comprendre les raisons.

Il est notoire que nos voisins sont plus du type émotif que rationnel. Tu es contre l’avortement car il s’agit d’un crime contre la vie humaine et tu deviens justifié de prendre un AK-47 pour tuer, au nom du respect de la vie, des personnes qui travaillent dans une clinique médicale où se pratiquent des avortements. 

Au début des années 90, pendant la guerre en Irak, alors que la France refusait d’endosser les actions belligérantes des États-Unis, un mouvement de réaction suggérait de modifier l’appellation patates frites (french fries) pour en retirer toute connotation pouvant d’une quelconque façon rappeler la France, pour en faire un mets typiquement américain. 

Dans un journal du nord de la Floride, un lecteur avait publié un article où il se vantait d’avoir cassé toutes ses bouteilles de vin provenant de la France en guise de réaction. Réactions enfantines, direz-vous. Non, une réaction tout simplement conforme à la psyché d’une majorité des nos voisins.

Cette propension à réagir rapidement en fonction de ses émotions peut aussi s’appliquer à ce qui se passe dans le domaine du véhicule récréatif. Dans un climat où la polarisation des opinions est radicale, il suffit de peu pour que les choses dérapent. Des taux d’intérêt à la hausse, un prix des biens et services qui touche des sommets, la perte de confiance dans les institutions gouvernementales et la science, tout ça dans un bouillon de « fakes news » conduisent plusieurs citoyens à se replier sur eux-mêmes, autant par prudence que par crainte de l’avenir. 

Dans une telle perspective, comme cela s’est produit à la fin de la première décennie de ce siècle, la hantise d’une instabilité économique pousse à couper dans les dépenses périphériques, moins essentielles. Le secteur des loisirs est souvent le premier qui écope. Malheureusement les véhicules récréatifs dont les prix ont également explosé depuis la pandémie deviennent tout simplement inabordables. Les détaillants se retrouvent alors avec des surplus considérables en inventaire, ou plutôt en invendus.

L’économie étant une roue qui tourne, on peut s’attendre à ce que, durant les prochains mois et les prochaines années, les prix amorcent une courbe descendante ou, au pire, se stabilisent. Cela durera jusqu’à ce que les acheteurs se pointent à nouveau à la porte d’entrée. D’ici là, les unités invendues vont faire mal aux détaillants et de nombreuses aubaines vont surgir et, peut-être aider à repartir le mouvement de la roue. Quand ? N’étant pas devin, ni buveur de thé, je m’abstiendrai donc de prédire une date.

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