Des VR victimes d'âgisme

3 septembre 2023

Vous l’ignorez sans doute, mais les commentaires que vous publiez sur ce blogue sont d’une grande importance. En maintes occasions, ils m’amènent à voir les choses différemment ou encore à m’intéresser à un sujet qui aurait pu m’échapper. 

Ce fut encore le cas cette semaine, quelqu’un fidèle lecteur, Michel Caron fit allusion au fait qu’un nombre croissant de campings imposent une limite d’âge aux véhicules récréatifs des caravaniers qui souhaitent louer un emplacement saisonnier. Son propos et l’intérêt qu’il suscita, piquèrent ma curiosité et m’amenèrent à réfléchir aux impacts d’une telle contrainte.

Oui, depuis quelques années l’imposition d’une date de péremption aux véhicules qui se présente au portillon des campings est en voie de devenir une tendance lourde chez nos voisins du Sud. Comme il fallait s’y attendre, au Québec et au Canada, l’implantation de grandes chaînes de terrains de camping a contribué à la propagation de cette norme.

Bien sûr, pour le moment, chez nous, le phénomène est encore limité et touche principalement les campeurs saisonniers sans trop écorcher ceux qui sont de passage. D’ailleurs, presque tous campings auxquels je faisais allusion dans mon billet de la semaine dernière s’étaient enquis de l’année de fabrication de mon VR.

Je peux comprendre qu’un propriétaire d’un terrain de camping, dans lequel il a investi beaucoup, notamment pour en rehausser les services et le rendre plus attractif, se soucie de l’image qui attendra les clients, de passage ou saisonniers. Comme en toute chose, il suffit de quelques secondes pour cristalliser la première impression que nous offre un terrain de camping. 

Immédiatement, souvent même avant d’avoir franchi la barrière pour pénétrer sur les lieux, notre cerveau commence à se faire une idée du calme, de la beauté, de la propreté, de la superficie des emplacements et de l’intimité qu’il est possible d’y créer. Rapidement, presque inconsciemment et sans compromis, notre esprit jauge la qualité de l’atmosphère que l’on pourra y trouver et décide si celle-ci répondra à nos attentes. Par la suite, la décision d’y rester ou de repartir, une démarche plus rationnelle, permettra d’évaluer l’acceptabilité d’inévitables compromis.

Personnellement, en arrivant à la barrière de l’entrée, dès que j’entends de la musique tonitruante relayée par des haut-parleurs près de la piscine ou l’aire de jeu, que je croise des caravaniers aux choix musicaux discutables — habituellement moins la musique est belle, plus ils poussent le volume à fond —, qui m’imposent aussi leurs choix télévisuels sur un écran extérieur, j’ai tendance à faire demi-tour sur le champ.

Fixer un âge maximum aux VR autorisés sur son terrain, permet sans doute au propriétaire d’espérer rehausser l’image offerte par son établissement, une caractéristique probablement très recherchée par ses clients. Qui d’entre nous aspirerait à fréquenter un camping où des caravanes affichent une jupe de styromousse pour contrer l’humidité par temps frisquet, où cannettes et caisses de 24 jonchent le sol au travers de plein d’accessoires conférant aux emplacements une allure de « cour à scrap » ? Je vous laisse en juger. Voilà pourquoi, du point de vue d’un exploitant fier de son camping, imposer une limite d’âge aux VR peut sembler justifié pour contrer tout éventuel délabrement.

Je remets maintenant mon chapeau de caravanier pour envisager cette réalité sous un angle différent. Tout d’abord, un critère basé seulement sur l’âge d’une caravane ou de tout autre VR me semble à priori exagéré. Pour un autocar Prévost, vieux d’un an ou de 11 et converti en autocaravane, cette règle sonne faux. Faux également pour une Airstream de deux ou 20 ans ou d’une Alto qui, depuis sa création, conservent au premier coup d’œil la même allure, sans avoir pris une seule ride.

Plutôt que de poser l’année de fabrication comme un absolu, le camping devrait, dans le cas d’un véhicule hors de la limite de 10 ans, demander au propriétaire de fournir une photo du VR pour compléter sa réservation. Cette photo permettait de se faire une idée, non seulement de l’apparence du VR, mais également, de la qualité de l’entretien esthétique prodigué par son propriétaire. Moins blessante et plus respectueuse, cette façon de traiter la clientèle fournirait également à l’exploitant du camping une information précieuse sur la personnalité du caravanier qui souhaite s’y arrêter. Difficile en effet d’imaginer un caravanier propre et méticuleux qui serait membre de la famille Bougon.

Il est aussi un autre message douteux découlant de l’application de la norme « 10 ans » et celui-ci touche les commerçants de VR. Si les campings en viennent à appliquer systématiquement cette règle, cela voudra dire qu’il deviendra presque impossible de dénicher un établissement acceptant un véhicule de plus de dix ans. Implicitement, cela établira que la durée de vie utile d’un VR est de dix ans et que son propriétaire devra se réduire à camper dans la cour arrière de sa maison. 

Amortir sur dix ans un VR, dont l’acquisition a souvent coûté plusieurs centaines de milliers de dollars, signifiera que son propriétaire verra son budget annuel alloué au caravaning se chiffrer à 10, 20 ou même 50 000 $, et ce, avant même de songer à prendre la route. Paradoxalement, dans ces conditions, une personne assez riche pour se permettre un tel niveau de dépenses n’aura surement pas le goût de se promener à bord d’un véhicule récréatif délabré.

Une autre conséquence néfaste risque aussi de se rattacher à la norme de l’âge des VR. Si l’âgisme appliqué aux VR se propage partout, cela constituera un élément de plus confirmant la piètre qualité de fabrication des véhicules récréatifs, puisque leur espérance de vie utile s’éteindra au moment de leur dixième anniversaire.

Non, définitivement, il est de l’intérêt de tous : commerçants de VR, exploitants de terrain de camping et caravaniers, que la date de péremption soit revue et modulée différemment, avec souplesse et respect, pour, avant tout autre critère, prendre en considération la condition réelle du véhicule récréatif qui commence à prendre de l’âge.  

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